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Cinéma et numérisation Les salles françaises ont résisté longtemps à faire de la projection numérique. Il y a deux ans, nous étions encore les mauvais élèves de l’Europe (1). Et puis subitement, CGR, lourd circuit d’une quarantaine de multiplexes sur la province, a basculé au tout numérique très rapidement. Dans la foulée, la projection numérique 3D avec, il y a un an, \"L’âge de glace 3\", \"Là-haut\", et, il y a six mois, \"Avatar\", a pris de la hauteur. Les salles équipées en numérique raflaient 60 à 90 % des entrées sur une agglomération. Les autres cinémas se partageaient les miettes. Du coup, le plus récalcitrant des circuits au cinéma numérique, UGC, a fait le nécessaire pour s’équiper le plus vite possible en appareils de projections numériques. Quel miracle permet alors à ces gros opérateurs, alors que chaque cabine de projection numérique nécessite un investissement de 60 000 à 80 000 Euros (faites le calcul pour un multiplexe de 10 salles !), de financer cela aussi vite ? Tout simplement parce que des tiers se sont installés entre les salles et les distributeurs afin de récupérer des contributions numériques auprès des distributeurs pour financer les matériels numériques de l’exploitation. Evidemment ces tiers (investisseurs ou collecteurs) se rémunèrent largement au passage. Certains circuits (Europalace) se passent de ces tiers et traitent en direct le montant des contributions numériques. Quand on est indépendant, qu’on ne veut surtout pas être dans les « pattes » d’un tiers afin de préserver sa liberté de programmation, que faire ? Compliqué car on ne fait pas le poids pour réclamer des contributions numériques. Le CNC avait bien un plan de neutralisation qui a été « retoqué » par l’autorité de la concurrence. Du coup, comme il y avait le feu à la baraque, nos élus ont saisi tout l’enjeu de cette affaire et ont voté une loi obligeant tous les distributeurs qui fournissent un film dématérialisé en numérique à payer à l’exploitant une contribution numérique. Donc, si tout va bien, nous pourrons bientôt projeter en numérique. Ce n’est pas vraiment mieux qu’en analogique. Par contre, si on veut projeter en 3D, on n’a pas le choix. Cela coûte cher en contrat de maintenance, en exploitation et obsolescence du matériel. Avantage peut-être : on pourra garder plus longtemps certains films et peut-être diversifier la programmation. Cela va quand même nous faire drôle de ne plus voir la pellicule dans la cabine ! «Le film, où il est?» La contribution numérique devrait être de 500 à 600 euros par « copie » sortie sur la première ou deuxième semaine de sortie d’un film. Il faut compter pour des salles comme les CAMEO environ 7 à 8 ans pour amortir l’investissement. (1) Aujourd’hui, nous sommes les premiers de la classe. Les neurones des spectateurs et des exploitants sont en train de se numériser. Espérons que leur sensibilité restera intacte. Michel Humbert